Biographie de Victor Meirelles et analyse de l’œuvre « La première messe au Brésil »

La première messe au Brésil, célébrée le 26 avril 1500, quatre jours seulement après le débarquement des Portugais à Porto Seguro, a été représentée par Victor Meirelles entre 1859 et 1861, alors que l’artiste vivait à Paris.

Ce tableau s’inspire de la lettre écrite par Pero Vaz de Caminha au roi du Portugal, considérée comme le document historique le plus important sur la découverte du Brésil.

Cette œuvre, qui fait partie de la collection du Musée national des Beaux-Arts, est devenue l’un des tableaux les plus populaires du pays.

Primeira Missa no Brasil (Victor Meirelles)
Première messe au Brésil (Victor Meirelles)

Biographie de Victor Meirelles et analyse de l’œuvre « La première messe au Brésil »

Primeira Missa no Brasil (Victor Meirelles)
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Victor Meirelles e a análise da obra "A Primeira Missa no Brasil" 

  1. Biographie
  2. Les Indiens du Brésil et le mouvement romantique
  3. Analyse de l’œuvre « La première messe au Brésil »
  4. Académie impériale des Beaux-Arts
  5. Œuvres de Victor Meirelles

1. Biographie

  • Naissance et formation : Victor Meirelles est né à Lages, dans l’État de Santa Catarina, en 1832. Dès son plus jeune âge, il s’intéressa à la peinture et, avec le soutien de sa famille, il entra à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro en 1849. Il y a étudié auprès d’artistes de renom et a bénéficié des conseils de Jean-Baptiste Debret et Gustave Roux.

  • Carrière : Meirelles s’est fait connaître pour ses œuvres de grande envergure et sa capacité à reproduire avec précision des scènes historiques. En 1852, il remporta une bourse de voyage pour l’Europe, où il perfectionna ses techniques à Paris et étudia les maîtres anciens et contemporains. Son séjour en Europe eut une influence considérable sur son style artistique.

  • Contributions : À son retour au Brésil, Meirelles est devenu l’un des artistes les plus importants du pays. Il a été nommé professeur à l’Académie impériale des Beaux-Arts et a joué un rôle important dans la formation des nouvelles générations d’artistes. Son œuvre aborde non seulement des thèmes historiques, mais aussi des portraits et des scènes de la vie quotidienne brésilienne.

  • Décès : Victor Meirelles est décédé à Rio de Janeiro en 1903. Son héritage est largement reconnu, et ses œuvres continuent d’être étudiées et admirées pour leur importance historique et artistique.

L’auteur et peintre Victor Meirelles, auteur de « La première messe au Brésil » , est né à Desterro, aujourd’hui Florianópolis, capitale de l’État de Santa Catarina, en août 1832, dans la maison aujourd’hui transformée en musée et située dans la rue qui porte aujourd’hui son nom.

Nous savons tous depuis longtemps qu’il s’est intéressé très tôt à l’apprentissage du métier de peintre, un talent qu’il a commencé à développer alors qu’il était encore enfant et vivait sur son île natale.

C’est pourquoi, alors qu’il n’avait pas encore 14 ans, il fut envoyé à Rio de Janeiro pour rejoindre le groupe d’étudiants de l’Académie impériale des Beaux-Arts, où il entama un parcours d’études qui lui valut le Prix du voyage en Europe, dans les principaux centres artistiques de l’époque, en Italie et en France.

Le tableau « Première messe au Brésil », considéré comme un « chef-d’œuvre » de l’histoire de l’art national, a été réalisée à Paris, au cours du long voyage d’études de l’artiste (1853–1861) en tant que boursier de l’Académie impériale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro.

Victor Meirelles était un humaniste lié au romantisme, un grand chercheur, un observateur attentif, un érudit, un homme dévoué, discipliné et incontestablement engagé dans son époque. Il fut le premier Brésilien à exposer au Salon officiel de Paris, en 1861, où il représenta son pays avec le tableau « Première messe au Brésil ».

Il convient de souligner que, bien qu’il se trouvât à Paris, Victor Meirelles était en contact permanent avec les professeurs de l’Académie impériale des Beaux-Arts au Brésil, notamment avec Manuel de Araújo Porto Alegre.

Victor remplissait ainsi l’une des conditions imposées par le pays qui finançait son séjour en France.

Bien qu’il étudie auprès des maîtres du Premier Monde, il restait sous la tutelle et les ordres de l’Académie du Brésil, et était donc également soumis aux idées que celle-ci développait en collaboration avec l’élite politique et culturelle du pays, parmi laquelle figuraient l’empereur Pierre II et le groupe de l’IHGB.

Nous comprenons donc que c’est principalement la culture de son pays d’origine qui détermine sa façon de penser et, par conséquent, de peindre.

La « Première messe au Brésil » est le fruit d’un réseau complexe de relations entre les idées et les utopies qui se sont développées dans le cadre du « Projet civilisateur », présent dans l’imaginaire de l’élite culturelle et politique du XIXe siècle brésilien.

Ce projet se concrétise, de manière directe ou indirecte, avec le transfert de la Cour portugaise à Rio de Janeiro en 1808, et se consolide sous les monarchies qui se succédèrent par la suite (1822–1889).

Avec l’arrivée de la Cour, Rio de Janeiro s’est modernisée, perdant peu à peu son aspect colonial.

Une culture laïque, mondaine, courtoise et aristocratique s’est développée autour d’elle.

La Cour s’amusait avec des corridas, des cavalcades, des pièces de théâtre, des soirées littéraires et des comédies musicales.

C’est dans ce contexte qu’est née la première académie des beaux-arts du pays.

En raison des changements politiques survenus entre le Portugal et la France, dans le cadre d’une stratégie visant à rapprocher les deux pays, l’idée est venue d’envoyer au Brésil une Mission artistique française, en 1816, dans le but d’institutionnaliser l’enseignement artistique au Brésil.

Cette tendance s’est confirmée plus tard, en 1826, avec la création de l’Académie impériale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro.

La « Première messe au Brésil », bien avant d’être l’œuvre isolée d’un artiste, est une synthèse visuelle du « Projet civilisateur » à caractère nationaliste du Deuxième Empire.

C’est pourquoi, pour comprendre ce tableau, il faut replacer le contexte.

Le pays s’affirmait en tant que nation indépendante. On envisageait de forger une identité nationale, et l’art était considéré comme un espace privilégié pour réfléchir à la société et inventer une nouvelle identité.

Les Beaux-Arts étaient un instrument de civilisation et de gloire, ayant le pouvoir de contribuer à l’éducation des peuples et la capacité d’intervenir directement sur la réalité.

L’idée d’un art lié à la pédagogie et à la civilisation s’inscrivait parfaitement dans le projet de civilisation de la jeune nation, indépendante depuis 1822.

Pour comprendre le contexte dans lequel s’inscrit le tableau de Victor Meirelles « Première messe au Brésil », au cœur des troubles du Deuxième Empire, il faut également saisir les enjeux liés à la légitimation de ce « projet civilisateur » sur la scène internationale.

La monarchie tropicale aurait eu du mal à légitimer son pouvoir aux yeux du monde, ce qui implique, entre autres, la création, la mise en avant et la large diffusion des symboles qu’elle a créés.

Entouré de républiques, le modèle monarchique brésilien se heurtait à des obstacles pour être reconnu, tant par les autres nations américaines que par la difficulté à communiquer avec les pays européens.

Il convient de prendre en compte les efforts déployés au niveau national pour dissocier l’image du Brésil de l’idée d’anarchie, associée à un système esclavagiste persistant sur lequel reposaient la société et l’économie brésiliennes.

Dès les premières années de l’indépendance, on a manifestement cherché à promouvoir et à façonner une image à la fois commune et singulière de cet empire lointain.

On n’avait pas pleinement conscience des difficultés que posait la transposition au Brésil, un pays en voie de développement, de modèles importés de pays comme la France.

Le Brésil était alors une société peu développée sur les plans culturel et artistique, dont l’élite intellectuelle, séduite par la culture européenne, ne se rendait pas compte à quel point il était difficile pour cette culture de s’enraciner et de se développer librement dans une société encore en pleine croissance.

Pour bien comprendre cette période, il ne suffit certainement pas de réponses simples et rapides.

On peut s’interroger sur l’hypothèse selon laquelle le pays cherchait à s’inspirer des modèles qu’il connaissait déjà et dont il savait qu’ils étaient plus avancés.

D’autre part, une question angoissante se posait parmi les idées civilisatrices, question qui continue d’inspirer les mouvements culturels et artistiques nationaux à travers l’histoire : après tout, qu’est-ce qui est brésilien ?

Au XIXe siècle, on observait une volonté générale de s’affirmer face au monde capitaliste : être moderne, s’inscrire dans la voie du progrès, devenir une grande nation, et se défaire de l’image d’un exotisme tropical synonyme de retard et d’inertie.

Pour comprendre pourquoi, en période de changement, certains symboles s’imposent tandis que d’autres échouent, nous devons prêter attention non seulement à leur création, mais aussi à leur diffusion, c’est-à-dire à la consommation de ces symboles.

Pierre II, premier monarque né au Brésil, fut empereur de 1840 à 1889 et devint le principal mécène du mouvement romantique.

C’est dans l’iconographie que l’on remarque le plus l’utilisation d’une symbolique caractéristique de cette monarchie, marquée par les signes d’un dialogue avec la réalité extérieure (européenne), sans pour autant cesser de mettre en avant des caractéristiques locales (nationales) singulières.

Véritable source d’inspiration en matière d’images, l’Empire brésilien s’est illustré dans son rôle de créateur d’icônes nationales, qu’il s’agisse d’hymnes, de médailles, d’emblèmes, de distiques ou de blasons, parmi lesquels on peut inclure la « Première messe au Brésil » dans l’iconographie officielle.

2. L’Indien brésilien et le mouvement romantique

C’est au sein du mouvement littéraire romantique que la figure de l’Indien commence à prendre forme dès 1826, lorsque le Français Ferdinand Diniz, employé consulaire, attire l’attention des Brésiliens sur la nécessité de remplacer les tendances classiques par des caractéristiques locales.

On prônait la description de la nature et des coutumes, dans lesquelles l’Indien devait être mis en valeur en tant que premier et plus authentique habitant du Brésil.

Les écrivains romantiques fréquentaient les historiens de l’IHGB ainsi que les professeurs et les directeurs de l’Académie impériale des Beaux-Arts, parmi lesquels Manoel de Araújo Porto Alegre, qui a joué un rôle important dans la création du tableau « Première messe au Brésil ».

C’est au cours des décennies des années 50 et 60 du XIXe siècle que le Brésil a vu s’imposer le romantisme, dont la manifestation considérée comme la plus authentiquement nationale, l’indianisme, y connut son apogée, s’étendant, au-delà de la poésie et du roman, à la musique et à la peinture.

Les indianistes gagnaient en popularité grâce à leur représentation romantique de l’Indien en tant que symbole national.

Ainsi, l’histoire de l’Académie impériale des Beaux-Arts et la production de ses élèves ne peuvent être dissociées des significations plus larges de l’Empire.

Cette histoire reste encore à raconter de manière plus approfondie, notamment en ce qui concerne l’existence d’un projet de civilisation lié à la construction de l’État et de la nation.

3. Analyse de l’œuvre « La première messe au Brésil »

« La première messe au Brésil » est l’une des œuvres les plus emblématiques de Victor Meirelles et l’une des représentations les plus importantes de l’histoire coloniale brésilienne.

Contexte historique : Le tableau représente le moment historique de la première messe célébrée au Brésil par des prêtres portugais, en 1500, lors de l’arrivée de Pedro Álvares Cabral sur le territoire qui est aujourd’hui le Brésil. Cet événement est souvent associé à la fondation symbolique de la présence chrétienne et portugaise sur le nouveau continent.

Description de l’ouvrage

  • Composition : L’œuvre est une peinture à l’huile de grandes dimensions. Elle représente la cérémonie religieuse avec beaucoup de détails et de dramatisme. Au centre de la scène se trouve le prêtre Henrique de Coimbra, qui préside la messe, entouré d’autres prêtres et de membres de l’expédition portugaise.
  • Couleurs et style : Meirelles utilise une palette vibrante et riche en détails pour rendre l’exubérance de l’environnement tropical et du rituel religieux. Le style néoclassique, caractéristique de sa formation, transparaît dans la précision et la dignité des personnages.
  • Éléments culturels et historiques : Le tableau intègre des éléments indigènes et un paysage exotique, illustrant le choc culturel et les premières interactions entre les Européens et les populations autochtones. L’attention portée à des détails tels que les vêtements et les objets religieux souligne l’importance de l’événement.

Impact et signification

  • Contexte historique : Cette œuvre ne se contente pas de célébrer un moment crucial de l’histoire du Brésil, elle reflète également le nationalisme et la quête d’une identité nationale au XIXe siècle. Le choix de Meirelles pour ce thème témoigne de son attachement à l’histoire et à l’identité culturelle brésiliennes.
  • Artistique : « La Première Messe au Brésil » est considérée comme l’une des plus grandes réussites de Meirelles, illustrant son talent pour créer des scènes historiques à la fois dramatiques et riches en détails. Cette œuvre marque un tournant dans la peinture académique brésilienne et reste une référence importante pour l’étude de l’art et de l’histoire du Brésil.

Image emblématique de la culture brésilienne, la « Première messe au Brésil », ainsi que ses nombreuses études préparatoires, font aujourd’hui partie des collections du Musée national des Beaux-Arts de Rio de Janeiro sous la cote n° 901.

Le tableau intitulé « Première messe au Brésil » a été réalisé sous l’Empire de D. Pédro II, en France, entre 1859 et 1860, et est arrivée au Brésil en 1861.

C’est cet environnement que je souhaite commencer à reconstituer, tout en sachant qu’il n’est pas facile de saisir l’esprit du Brésil sous le Deuxième Empire.

Où trouver, dans ce contexte, des éléments communs qui justifient l’émergence d’un répertoire d’images et d’icônes tel que celui de la « Première messe au Brésil » ?

Il fallait, entre autres, créer et diffuser des icônes.

La « Première messe au Brésil », l’une de ces œuvres emblématiques, est sans aucun doute l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la peinture brésilienne de tous les temps !

Les chefs-d’œuvre résument les sensibilités d’une époque et en expriment pleinement les tendances et les idéaux.

Tout en incarnant les valeurs d’une communauté, ils sont inconcevables sans cette communauté.

Dans cette œuvre, l’artiste a accompli plus que n’importe qui d’autre aurait pu le faire seul : il s’est inspiré des intuitions et des réalisations d’autrui, en les combinant d’une manière inédite, ce qui lui a permis de s’exprimer au nom de toute une génération.

Cette image, aux côtés d’autres emblèmes et symboles nationaux, contribue à façonner l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, en tant que Brésiliens, une idée qui s’inscrit dans le domaine mythique, silencieux et invisible du Mythe fondateur du Brésil.

Né de l’œuvre des conquérants européens, repris par le romantisme brésilien, ce vieux mythe ne cesse de se réinventer parmi nous.

Il convient également de souligner le rôle de la « Première messe au Brésil » dans la construction d’une représentation de la « Découverte » et de l’identité brésilienne liée au catholicisme et au sentiment de conversion qu’a apporté la navigation portugaise, ce qui renforce l’importance de ce tableau dans la construction de notre imaginaire culturel.

4. Académie impériale des Beaux-Arts

Considérée comme un événement déterminant pour la systématisation de l’enseignement artistique au Brésil, la Mission artistique française est arrivée dans le pays en mars 1816, à l’invitation et grâce à l’initiative de la Cour portugaise au Brésil.

Elle était composée d’un groupe d’artistes et de maîtres artisans, presque tous d’anciens bonapartistes venus introduire l’enseignement académique des arts et des métiers au Brésil sous le règne de D. João VI.

C’est vers l’Académie impériale des Beaux-Arts que se dirigeaient les talents artistiques des provinces du Brésil, comme Manuel de Araújo de Porto Alegre, originaire du Rio Grande do Sul ; Victor Meirelles de Lima, originaire de Santa Catarina ; Pedro Américo de Figueiredo e Melo, originaire de Paraíba ; José Ferraz de Almeida Júnior, de São Paulo, entre autres.

Les œuvres de ces artistes reflètent l’esprit académique de l’époque, tournées vers l’idéalisme classique et vers les maîtres consacrés par les académies de Rome et de Paris.

L’empereur Pierre II entretenait des relations avec l’Académie impériale des Beaux-Arts tout au long de son long règne.

Dom Pedro II - Victor Meirelles
Dom Pedro II – Victor Meirelles

Adoptant une politique similaire à celle de l’IHGB, l’Empereur se mit à décerner des prix, des médailles, des bourses d’études à l’étranger et des subventions, tout en participant assidûment aux Expositions générales des beaux-arts, organisées chaque année, ou en remettant les insignes des Ordres du Christ et de la Rose aux artistes les plus éminents.

En 1845, le roi Pedro a commencé à financer le Prix de voyage, décerné chaque année, qui permettait de financer les études à l’étranger des élèves de l’Académie.

L’Empereur reçut le titre de Fondateur et Protecteur perpétuel de l’Académie impériale ; protéger l’Académie et les artistes était également un moyen de garantir la production de l’iconographie officielle.

De l’Académie et de ses artistes sont issus, outre le tableau « Première messe au Brésil », d’innombrables portraits, ainsi que des scènes de vie familiale et de pouvoir de la famille royale, qui illustrent encore aujourd’hui notre histoire.

La peinture historique était le genre le plus prisé à l’Académie au milieu du XIXe siècle. Comme l’explique clairement Jorge Coli (1998 : 117).

Meirelles a réussi à créer cette rare convergence entre les formes, les intentions et les significations qui permet à un tableau de s’ancrer profondément dans une culture.

Cette image de la découverte ne pourra guère être effacée ni remplacée. Il s’agit de la première messe au Brésil.

Ce sont les pouvoirs de l’art qui façonnent l’histoire.

Le modèle d’enseignement artistique que le Brésil importait était le seul en vigueur dans le pays d’origine au moment de son importation au Brésil.

Ainsi, le néoclassicisme, à travers lequel s’exprimaient les artistes de la Mission artistique française lorsqu’ils vinrent ici pour fonder notre première école d’art, était le style d’avant-garde de l’époque.

La peinture brésilienne a commencé à prendre son essor à partir de 1840, date à laquelle s’est tenue la première Exposition générale des Beaux-Arts.

C’est dans ce contexte qu’est apparu parmi les étudiants, en 1847, l’artiste Victor Meirelles de Lima, fils d’immigrants portugais, originaire de la ville de Desterro, aujourd’hui Florianópolis.

Si, d’une part, l’Académie leur enseignait la grammaire traditionnelle des arts plastiques, d’autre part, ils étaient issus d’une société dépourvue de toute tradition leur permettant de s’exprimer à travers les formes savantes de l’Académie, où, plus par intuition que par formation, ils ont commencé à se méfier de la répétition des scènes mythologiques et bibliques fournies par les modèles pédagogiques.

Les professeurs de l’Académie des Beaux-Arts et les responsables gouvernementaux du pays attendaient l’émergence de nouveaux talents.

Tout cela était suivi de très près par l’Empereur qui, pour marquer son soutien, est devenu président d’honneur de l’IHGB.

Dès son plus jeune âge, à 14 ans, il suivait tout de près.

Avant Victor Meirelles, l’Académie avait envoyé d’autres artistes en Europe grâce au système des bourses d’études, mais ceux-ci ont peu produit et sont rapidement rentrés.

Le premier dont on trouve réellement trace dans les documents et qui avait conscience de ce qui se passait est le peintre Victor Meirelles.

Il s’est rendu en Europe et a satisfait aux exigences de l’Académie impériale au Brésil en s’acquittant des obligations qui lui incombaient.

Alors que les autres artistes envoyaient un ou deux dessins, Victor Meirelles en envoyait dix ou vingt.

L’Empereur et les intellectuels de l’Académie ont alors eu le sentiment d’avoir trouvé l’artiste qu’ils cherchaient. C’est pourquoi Victor Meirelles a obtenu la prolongation de sa bourse d’études pour huit ans.

La durée normale n’était que de trois ans.

Lorsque Victor Meirelles se trouvait en France, le directeur de l’Académie au Brésil travaillait en étroite collaboration avec l’empereur Pierre II.

Ils tenaient une réunion hebdomadaire au cours de laquelle ils discutaient des progrès scolaires de leurs élèves et d’autres questions.

Une fois la première ébauche de la « Messe » terminée, Victor Meirelles l’a envoyée à l’Académie au Brésil.

L’élite culturelle souhaitait créer ce genre d’image afin qu’elle reste gravée dans la mémoire collective du pays.

C’est pourquoi, une fois l’ébauche de la « Première messe au Brésil » acceptée, le peintre obtint un financement pour deux années supplémentaires de séjour en France ainsi que pour les frais liés à la réalisation de l’œuvre.

À Paris, il a été aidé par Ferdinand Denis, un homme qui avait vécu au Brésil à l’époque de Jean VI, qui adorait vivre ici et qui est resté un passionné du Brésil jusqu’à la fin de sa vie.

Il était alors directeur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, qui existe encore aujourd’hui à Paris.

C’est à la bibliothèque de Sainte-Geneviève que Victor Meirelles a étudié la documentation sur les Indiens et sur le Brésil, et où il a également trouvé la lettre de Pero Vaz de Caminha, qui venait d’être découverte peu de temps auparavant.

Victor Meirelles a étudié la lettre avec assiduité afin de mettre en scène la messe décrite par Caminha.

Avant d’être le fruit de l’esprit isolé d’un artiste, la « Première messe au Brésil » est une synthèse visuelle du projet civilisateur à caractère nationaliste du Deuxième Empire brésilien, et Victor Meirelles de Lima fut l’homme qui concrétisa sous forme de peinture les idées de ce projet.

Si, d’une part, l’artiste a peint des représentations du corps politique et culturel du Brésil du milieu du XIXe siècle, concrétisées par la rigueur des techniques artistiques acquises dans les académies d’art qu’il a fréquentées et par sa fidélité à la peinture historique en soi, d’autre part, il a bénéficié d’« aides » si proches que l’on peut les qualifier d’« autres mains ».

Parmi celles-ci, la plus importante fut celle de Manoel de Araújo Porto Alegre. Nationaliste, il fut également l’élève de Debret à l’Académie impériale, dans la période qui a précédé l’indépendance du Brésil.

Il a été professeur et directeur de l’Académie impériale pendant la période où Victor Meirelles était parti en Europe.

Elle a entretenu une correspondance intéressante avec l’artiste, dans laquelle elle lui donnait des conseils détaillés sur ses études. Elle s’exprimait au nom de l’Empereur et du corps académique.

Même si la correspondance entre les deux hommes n’a pas été intégralement publiée, on peut voir, d’après ce dont nous disposons, que cet échange d’informations ne se faisait pas seulement sur le plan académique, mais dans un climat de confiance, de compréhension et d’encouragement.

C’est là que Victor a appris à composer sa première grande œuvre originale.

En tant que retraités de l’État, les artistes lauréats du Prix Viagem étaient soumis à une législation stricte, qui leur imposait toute une série de tâches et d’obligations, garantissant ainsi le succès et le maintien de la bourse.

Parmi ces tâches figurait l’envoi régulier d’œuvres réalisées à l’étranger.

La réalisation de ces œuvres artistiques était déterminée par la Congrégation de l’École au Brésil. Afin de garantir le maintien de ce champ symbolique, aucun écart par rapport à cette ligne doctrinale n’était autorisé, sous peine de voir immédiatement suspendu le financement de leur séjour à l’étranger.

Conformément aux instructions données à Porto Alegre, Victor Meirelles partit pour un premier séjour en Italie, puis se rendit en France, où il suivit les cours de Léon Cogniet, professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris.

Au XIXe siècle, cette école était une institution jouissant d’un grand prestige, considérée comme l’héritière de l’Académie impériale, fondée en 1684, afin de protéger l’élite artistique de France et de la libérer des règles tyranniques qui lui étaient imposées par les corporations d’artisans – les Guildes.

Victor Meirelles a également composé sa « Première Messe » en se conformant aux exigences du jury du Salon officiel de Paris, en 1861, auquel il avait participé.

Outre l’étude de la lettre de Pero Vaz Caminha et le suivi minutieux des conseils de Manuel de Araújo Porto Alegre, il convient de prendre en compte un autre élément important dans la réalisation de l’œuvre en question : Victor Meirelles s’est inspiré, pour la scène principale de son œuvre, d’une autre messe, celle du peintre français Horace Vernet (1789–1863).

Première messe en Kabyli” (1853) -pintor Francês Horace Vernet (1789–1863)
« Première messe en kabyle » (1853) – peintre français Horace Vernet (1789–1863)

La messe peinte par Vernet s’intitule « Première messe en kabyle » (1853), ce qui rappelle que le procédé de citation est tout à fait légitime dans le genre de la peinture historique.

La méconnaissance des règles de la peinture historique par la critique d’art nationale a suscité une vive polémique lorsque ce courant est arrivé au Brésil, et Victor Meirelles a même été accusé de plagiat.

Il est également possible que le thème de la messe ait été récurrent à cette époque.

Au Musée Granet, en Provence, en France, on trouve une autre messe intitulée « Une messe au Louvre pendant la Terreur », datée de 1847, réalisée par Marius Granet (1775–1849).

L’autel au centre, avec un prêtre élevant l’hostie et un autre à genoux tenant ses vêtements, rappelle la scène principale de la « Messe » de Victor Meirelles.

Cette démarche aurait également été légitime dans le contexte culturel et esthétique des écoles d’art du XIXe siècle.

Les académies d’art constituent un type d’institution artistique peu connu et, peut-être pour cette raison même, peu valorisé.

Confrontées à des préjugés depuis l’avènement de l’art moderne, elles ont fini par être réduites à de simples institutions rétrogrades, restreignant la liberté de création artistique et imposant une réglementation officielle du goût.

Cependant, ces institutions ont vu le jour dans le but de répondre à certains besoins de l’époque, notamment ceux des artistes, alors soumis aux Grémios – des corporations chargées de connotations médiévales et représentatives des métiers considérés comme manuels.

La peinture académique brésilienne du XIXe siècle n’était pas exclusivement néoclassique, comme on le croit généralement, car elle a subi l’influence du romantisme académique français, plus connu sous le nom de « pompierisme ».

Qualifiés par l’historien Jorge Coli de « forme juste » permettant d’atteindre la puissance de pérennité inhérente à l’œuvre, les moyens formels appropriés ne pouvaient trouver leur source que dans la peinture historique.

Les origines de ce genre doivent être rattachées au système d’enseignement de la peinture des Académies des Beaux-Arts.

À ce sujet, Reyero (1989, p. 16) affirme :

Les étudiants étaient tenus de passer des concours dans lesquels les jurés imposaient chaque année le titre que chaque participant devait interpréter. Le titre d’histoire était donc le fruit d’un exercice académique rigoureux, que seuls quelques-uns parvenaient à surmonter.

La Première messe au Brésil renvoie également à la présence du mythe fondateur du Brésil, récupéré idéologiquement par le romantisme brésilien, qui contribue à la construction de notre identité en tant que membres d’une nation, en créant des vérités contradictoires sur qui nous sommes et sur ce que les autres pensent de nous.

Des utopies qui remontent à loin, depuis la Renaissance, issues de l’imaginaire des navigateurs, et qui réapparaissent sur le plan idéologique dans les images produites par les artistes au XIXe siècle.

Abandonné et victime de discrimination de la part des républicains, Victor Meirelles est mort dans la misère en 1903, à Rio de Janeiro.

Si, tout au long de l’histoire, certains hommes et certaines femmes se sont consacrés à la création d’icônes pour leur peuple, Victor en a été l’un à son époque ; et s’il a agi ainsi, c’est grâce à un contexte culturel et historique unique et spécifique.

Victor est sans aucun doute l’une des figures les plus marquantes de l’art national.

Nous savons toutefois que son mérite et sa valeur n’ont pas toujours été reconnus. « Il est toutefois réconfortant de savoir que sa ville natale ne l’a jamais oublié, tout comme lui-même n’a jamais oublié sa petite ville tranquille et magnifique. »

5. Œuvres de Victor Meirelles

Vista Parcial da Cidade de Nossa Senhora do Desterro – Atual Florianópolis, Victor Meirelles de Lima
Vue partielle de la ville de Nossa Senhora do Desterro – aujourd’hui Florianópolis, Victor Meirelles de Lima
Nossa Senhora da Conceição - Victor Meirelles
Notre-Dame de l’Immaculée Conception – Victor Meirelles
Uma rua da cidade do Desterro, 1851 - Victor Meirelles
Une rue de la ville de Desterro, 1851 – Victor Meirelles
São João Batista no cárcere - Victor Meirelles
Saint Jean-Baptiste en prison – Victor Meirelles
Rua João Pinto, antiga rua Augusta em Desterro, 1851 - Victor Meirelles
Rue João Pinto, anciennement rue Augusta à Desterro, 1851 – Victor Meirelles
Retrato de Dom Pedro II, 1864 - Victor Meirelles
Portrait de Dom Pedro II, 1864 – Victor Meirelles
Mulheres Suliotas, Victor Meirelles de Lima
Les femmes de Suliotas, Victor Meirelles de Lima
Moema, 1866 - Victor Meirelles
Moema, 1866 – Victor Meirelles
Estudos para A Primeira Missa no Brasil - Victor Meirelles
Études pour « La première messe au Brésil » – Victor Meirelles
Estudo para o Panorama do Rio de Janeiro - Ilha das Cobras e Morro de Santo Antônio, c. 1885
Étude pour le Panorama de Rio de Janeiro – L’île des Serpents et le Morro de Santo Antônio, vers 1885
Estudo para o Combate Naval do Riachuelo - Victor Meirelles
Étude sur la bataille navale du Riachuelo – Victor Meirelles
Estudo para a Batalha Naval do Riachuelo 1865 - Pintura de Victor Meirelles
Étude pour la bataille navale du Riachuelo de 1865 – Peinture de Victor Meirelles
Estudo para A Batalha dos Guararapes - Victor Meirelles
Étude pour « La bataille de Guararapes » – Victor Meirelles
Estudo para “Primeira Missa do Brasil”, Victor Meirelles de Lima
Étude pour « Première messe du Brésil », Victor Meirelles de Lima
Estudo para “Invocação à Virgem”, Victor Meirelles de Lima
Étude pour « Invocation à la Vierge », Victor Meirelles de Lima
Estudo de Traje Italiano, Victor Meirelles de Lima
Étude de costume italien, Victor Meirelles de Lima
Esboceto para “Batalha dos Guararapes”, Victor Meirelles de Lima
Esquisse pour « La bataille de Guararapes », Victor Meirelles de Lima
Detalhe da Passagem de Humaitá, 1868-72 - Victor Meirelles
Détail du passage d’Humaitá, 1868-1872 – Victor Meirelles
Cabeça de Velho, Victor Meirelles de Lima
Cabeça de Velho, Victor Meirelles de Lima
Batalha dos Guararapes, 1879 - Victor Meirelles
La bataille de Guararapes, 1879 – Victor Meirelles
Bacante, 1857-58 - Victor Meirelles
Bacchante, 1857-1858 – Victor Meirelles
A Primeira Missa no Brasil, 1861 - Victor Meirelles
La première messe au Brésil, 1861 – Victor Meirelles
A Morta, Victor Meirelles de Lima
La Morte, Victor Meirelles de Lima
A flagelação de Cristo, 1856 - Victor Meirelles
La flagellation du Christ, 1856 – Victor Meirelles
A Bacante - Victor Meirelles
À Bacante – Victor Meirelles
Victor Meirelles na década de 1860
Victor Meirelles dans les années 1860
Dom Pedro II - Victor Meirelles
Dom Pedro II – Victor Meirelles
A Guerra dos Guararapes, Quadro de Victor Meirelles, pintado em 1879.
La guerre des Guararapes, tableau de Victor Meirelles, peint en 1879.

Biographie de Victor Meirelles et analyse de l’œuvre « La première messe au Brésil »

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